Duralex : pourquoi les 10 523 investisseurs Lita ne récupéreront pas leurs 7 millions
Fin 2025, 10 523 particuliers avaient confié 7 millions d'euros à la coopérative Duralex, en titres participatifs promettant 8 % brut par an. Le 15 octobre, au lendemain de la reprise de la verrerie par Tomé, la plateforme Lita leur a annoncé la perte de leur investissement. Le repreneur ne reprend pas les dettes de la coopérative, et ces titres sont remboursés en tout dernier, après tous les autres créanciers. Voici pourquoi, ce que prévoit la loi pour les porteurs, et les deux règles fiscales qui peuvent encore limiter la perte.

Ce que Lita a annoncé aux investisseurs
Le jeudi 15 octobre, au lendemain du jugement du tribunal de commerce d'Orléans qui confie Duralex à Tomé, la plateforme de financement participatif Lita a confirmé à l'AFP que l'argent collecté pour la coopérative est perdu.
« Les 10 523 investisseurs Lita vont perdre leur investissement »
Les chiffres publiés ne concordent pas tout à fait : 10 523 souscripteurs à 372 € de moyenne (AFP) font environ 3,9 millions d'euros, pas 7. Soit la moyenne est mal rapportée, soit les 7 millions incluent d'autres souscripteurs que ceux de Lita. Ni Lita ni la coopérative n'ont publié le détail. Plus de 21 000 personnes avaient réservé près de 20 millions d'euros d'intentions en novembre 2025, selon 20 Minutes.
Des titres participatifs : ni actions, ni prêt classique
Le titre participatif est une catégorie à part du Code de commerce. Il explique à lui seul pourquoi ces épargnants passent après tout le monde.
Les sociétés coopératives constituées en société anonyme, comme Duralex SCOP SA, peuvent émettre des titres participatifs (article L. 228-36 du Code de commerce). Leur rémunération comprend une partie fixe et une partie variable liée à l'activité ou aux résultats. Ils ne donnent aucun droit de vote. Ils ne sont remboursables qu'en cas de liquidation de la société ou, à son initiative, au bout d'au moins sept ans.
Le même article fixe leur rang. Les prêts participatifs ne sont remboursés qu'après « désintéressement complet » de tous les autres créanciers, « à l'exclusion des propriétaires de titres participatifs ». Autrement dit, les titres participatifs passent encore après : ils sont payés en dernier. C'est le sens de la mention « subordonnés de dernier rang » qui accompagnait l'offre de 2025.
Pour mesurer le décalage : le capital déclaré de la coopérative au registre est de 18 500 euros (capital variable, selon ses annonces au Bodacc). Les 7 millions d'euros des particuliers n'étaient pas du capital, mais une dette de dernier rang.
| Qui est payé | Dans quel ordre | Texte |
|---|---|---|
| Salaires garantis, frais de la procédure, créanciers munis de sûretés | D'abord, selon l'ordre fixé par la loi | Code de commerce, art. L. 643-8 |
| Fournisseurs et autres créanciers sans garantie (chirographaires) | Ensuite, au marc l'euro | Art. L. 643-8 |
| Prêts participatifs | Après tous les autres créanciers | Art. L. 228-36 |
| Titres participatifs (épargnants Lita) | En dernier | Art. L. 228-36 |
Ordre simplifié. Le classement détaillé des créances privilégiées occupe une quinzaine de rangs à l'article L. 643-8.
Pourquoi la reprise ne rembourse pas les épargnants
Le repreneur n'a pas acheté la coopérative : il a acheté son activité. La nuance décide de tout.
Le 14 octobre, le tribunal a arrêté un plan de cession : Tomé reprend l'usine, la marque, le stock et 155 salariés. Le repreneur ne reçoit que les contrats que le jugement désigne (article L. 642-7 du Code de commerce). Les dettes, elles, restent dans la coopérative. La nouvelle directrice générale le dit sans détour : la verrerie repart avec « zéro dette ».
La coopérative, vidée de son activité, encaisse le prix de cession puis doit être liquidée. Le repreneur évoque dans sa lettre « la liquidation de la Scop », sous le contrôle du mandataire judiciaire. Ce prix sert à payer les créanciers dans l'ordre de la loi. Le prix payé par Tomé n'a pas été rendu public ; Lita en a conclu qu'il ne restera rien pour le dernier rang.
Si la liquidation est un jour clôturée pour insuffisance d'actif, ce jugement ne rend pas aux créanciers le droit de poursuivre la société, sauf exceptions limitées, notamment lorsqu'une créance trouve son origine dans une infraction dont la culpabilité a été établie (article L. 643-11).
En compensation, Cédric Meston propose aux souscripteurs une journée dans l'usine de La Chapelle-Saint-Mesmin et des produits Duralex et Tupperware, d'un montant proportionnel à leur investissement, selon l'AFP. C'est un geste commercial, pas un remboursement. Le détail de la décision du 14 octobre : Duralex repris par Tomé, ce qui change.
Ce que les porteurs peuvent encore faire
Il n'y a pas de recours qui fasse revenir l'argent à coup sûr. Mais plusieurs règles du Code de commerce et du Code général des impôts s'appliquent aux porteurs.
De la collecte à la perte : les dates
Moins d'un an sépare la levée de fonds de l'annonce de la perte.
Le changement de directeur général figure dans une annonce du Bodacc du 31 mai 2026 ; la date du 2 avril est celle donnée par l'AFP. Le jugement du 14 octobre et la liquidation de la coopérative ne sont pas encore publiés au Bodacc.
Suivre la procédure de Duralex SCOP SA
Les prochains actes passeront par le Bodacc : publication du plan de cession, liquidation de la coopérative, puis, beaucoup plus tard, clôture.
La fiche Duralex SCOP SA reprend l'annonce d'ouverture et sera complétée à chaque publication. Le récit de la reprise, avec la Fonderie de Bretagne liquidée le lendemain : Duralex repris par Tomé. Toutes les procédures du département : faillites dans le Loiret.
D'où viennent ces informations
Les règles viennent des codes et des fiches officielles ; la procédure, du Bodacc ; les chiffres de la collecte et les déclarations, des médias cités.
- Code de commerce, articles L. 228-36, L. 228-37, L. 228-83, L. 228-85, L. 622-26, L. 642-7, L. 643-8 et L. 643-11 — Légifrance
- Code général des impôts, articles 125-00 A, 150-0 D (11, 12 et 13) et 199 terdecies-0 A — Légifrance
- impots.gouv.fr, « J'ai réalisé une moins-value mobilière, comment est-elle prise en compte ? », modifié le 17 juillet 2026 — impots.gouv.fr
- service-public.fr, « Plus-values sur valeurs mobilières » — service-public.fr
- Bodacc A n° 1023 du 17 juin 2026, Duralex SCOP SA, ouverture du redressement judiciaire — bodacc.fr
- Bodacc du 31 mai 2026, Duralex SCOP SA, changement de directeur général — bodacc.fr
- AFP via ici, 15 octobre 2026, investisseurs Lita et lettre du repreneur — ici.fr
- AFP via BFM, 15 octobre 2026 — bfmtv.com
- 20 Minutes, 15 octobre 2026, message de Lita aux souscripteurs — 20minutes.fr
- Carenews, novembre 2025, lancement de la levée de fonds — carenews.com
- Presse-citron, 23 octobre 2025, conditions annoncées (8 %, sept ans, réduction d'impôt) — presse-citron.net
- franceinfo / ici Orléans, 15 octobre 2026, entretien avec la nouvelle directrice générale — franceinfo.fr
Par la rédaction Faillites France
Nous suivons chaque jour les procédures collectives publiées au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (Bodacc) : jugements d'ouverture, liquidations, plans de cession. Pour chaque dossier important, nous remontons à l'annonce officielle, au registre des entreprises et au mandataire désigné, et nous expliquons les délais qui courent pour les créanciers et les salariés.
Sources : Code de commerce et Code général des impôts dans leur version en vigueur (consultés sur la reproduction de Légifrance à jour au 1er octobre 2026), fiches officielles d'impots.gouv.fr et de service-public.fr, annonces du Bodacc (données ouvertes de la Dila, consultées le 15 octobre 2026). Les chiffres de la collecte, les déclarations de Lita et la lettre du repreneur sont attribués à l'AFP (via ici et BFM) et à 20 Minutes ; les caractéristiques de l'offre de 2025, à Carenews et Presse-citron. Les dates marquées « calcul » sont des calculs de la rédaction. Photo : Denkhenk, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 (recadrage 16:9). Ceci n'est ni un conseil juridique ni un conseil fiscal : votre contrat d'émission, le mandataire judiciaire et votre service des impôts font foi. Éditeur et contact dans les mentions légales.